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Trois traits de personnalité pouvant conduire à l’épuisement professionnel

Les statistiques ne mentent pas : l’épuisement professionnel ne frappe pas au hasard, ni seulement les plus exposés à la pression brute ou au surmenage apparent. Au-delà des conditions de travail, certains traits de caractère, souvent considérés comme des atouts en entreprise, peuvent accélérer la chute.

Ce sont précisément ces tendances personnelles, parfois valorisées à l’excès, qui ouvrent la porte aux dérives les plus sournoises. Savoir repérer ces signaux, c’est se donner une chance de mieux anticiper, d’ajuster sa vigilance et d’éviter que le phénomène ne devienne un engrenage silencieux.

Le syndrome d’épuisement professionnel : comprendre un mal invisible mais bien réel

Pendant trop longtemps, le syndrome d’épuisement professionnel est resté en marge des grandes discussions sur la santé mentale au travail. Mais il est désormais sur toutes les lèvres, dans chaque métier. Le travail de Christina Maslach a mis en lumière trois dimensions majeures de ce fléau : un épuisement émotionnel profond, une distanciation presque cynique vis-à-vis de l’autre, et une nette baisse du sentiment d’utilité personnelle. C’est à travers l’outil d’évaluation Maslach Burnout Inventory que l’on mesure souvent ce phénomène grandissant.

Dans un service hospitalier, en salle des professeurs, au cœur du social, le burn out s’installe le plus souvent sans coup d’éclat. Surcharge de missions, pressions répétées, reconnaissance qui manque, solitude qui s’installe : le terreau est fertile. Il ne s’agit pas d’une simple fatigue qui se dissipe le temps d’un week-end prolongé, mais d’une véritable rupture qui ébranle à la fois le corps et l’esprit. Les symptômes ? Ils varient d’une personne à l’autre : insomnies, irritabilité, perte de sens, découragement. Le point commun, c’est l’arrêt brutal, comme un moteur qui cale.

L’augmentation des risques psychosociaux laisse des traces dans les organismes. Les rapports de la Caisse nationale de l’assurance maladie le montrent : le nombre d’accidents professionnels liés à des troubles psychiques monte en flèche. Un médecin du travail pourrait raconter ce que vivent ses patients chaque semaine : faire reconnaître le burn out comme une maladie liée à l’activité professionnelle reste long et complexe. Malgré cela, les récits se multiplient, toutes professions confondues.

Quels traits de personnalité peuvent favoriser le burn-out ?

Le risque d’épuisement professionnel se nourrit de certaines fragilités individuelles : la recherche scientifique en distingue trois types majeurs. Premier déclencheur, le perfectionnisme. Celui qui veut régler chaque détail, vise la performance totale, se donne sans répit, installe une tension chronique. Impossible de relâcher la pression : la moindre erreur pèse lourd, la moindre imprécision devient invivable. Le stress s’incruste, la frustration s’accumule, et tout finit par exploser en silence.

Puis il y a ceux dont l’altruisme devient piège. Aider sans compter, soutenir sans cesse, s’efforcer d’être disponible pour chacun, tout le temps : c’est le quotidien de beaucoup, et notamment dans les métiers du soin ou de l’enseignement. Cette générosité, en l’absence de barrières, se transforme en oubli de soi. À force de ne plus savoir dire non, les ressources s’épuisent. La littérature et les retours de terrain le confirment : plus on place l’autre au-dessus de soi, plus on expose sa propre santé psychique.

Dernier facteur : la difficulté à demander du renfort. Ceux qui gèrent tout seuls, par volonté d’autonomie ou crainte du jugement, s’enferment dans une forme d’isolement. À force de repousser l’idée de demander de l’aide, la pression s’accumule, et la spirale se referme. Il ne s’agit pas seulement de facteurs qui s’ajoutent, mais bien d’éléments qui se croisent, créant pour chacun un parcours singulier. Comprendre ces spécificités aide à agir avant la chute, en gardant en tête que rien ne remplace l’analyse globale de l’environnement professionnel.

Homme pensif marchant dans un parc en automne

Prévenir l’épuisement professionnel : conseils et ressources pour préserver sa santé mentale

Pour préserver sa santé mentale au travail, rester attentif au quotidien est indispensable. Il existe des méthodes d’auto-évaluation permettant de repérer les signaux annonciateurs : difficultés à récupérer, détachement, baisse d’implication, sentiment d’être dépassé. Prendre le temps de s’interroger sur sa propre condition permet souvent d’éviter de franchir la ligne rouge.

L’organisation du travail mérite aussi d’être repensée. Mieux répartir la charge, instaurer de vraies pauses, accepter que déléguer soit une forme de force, autant d’ajustements qui font la différence. Il n’y a aucune honte à parler de sa santé mentale.

Pour agir concrètement, voici plusieurs démarches qui peuvent être adoptées dès les premiers signaux :

  • Prendre rendez-vous avec le médecin du travail quand un malaise persiste ou que des symptômes se manifestent.
  • Trouver sa place dans un groupe de parole ou bénéficier de supervision, notamment dans le secteur sanitaire et social.
  • Utiliser les dispositifs internes lorsqu’ils existent : service d’écoute, cellule de soutien, accompagnement psychologique collectif ou individuel.

La prévention ne repose pas sur les épaules d’un seul acteur. L’employeur a la responsabilité de surveiller la charge et l’organisation du travail, d’anticiper les situations à risque, de garantir une prise de parole libre. Mais chacun peut, à son niveau, identifier ses limites, préserver son espace, demander du soutien avant que la situation ne devienne ingérable. Les outils d’auto-évaluation, bien utilisés, permettent d’éviter le piège du déni et de garder l’équilibre.

Garder le cap, ne plus avancer seul, revoir les priorités : voilà comment déjouer l’usure silencieuse et rendre à nouveau possible une vie professionnelle durable.