Définition de la richesse et ses critères

Un ménage sur dix en France détient à lui seul plus de la moitié du patrimoine national. L’Insee classe pourtant certains cadres parmi les “riches” dès 3 700 euros nets par mois, seuil contesté par plusieurs économistes.Des disparités flagrantes persistent selon la composition familiale, la région ou encore le type de patrimoine. Ce qui est considéré comme richesse pour l’un ne l’est pas pour l’autre ; les critères varient, les seuils aussi. Les outils de mesure peinent à embrasser toutes les dimensions de cette notion mouvante.

La richesse, une notion aux multiples visages

Dès qu’on parle de richesse, impossible de faire l’unanimité. Le terme provoque, interpelle, dessine aussitôt des camps. Longtemps, la France s’en est tenue à l’opposition nette avec la pauvreté, comme si une frontière bien droite pouvait suffire à tout expliquer. Or, la réalité résiste aux cases.

La richesse se définit sous des angles multiples : revenus, patrimoine, niveau de vie, accumulation matérielle. Pour certains, la démesure commence au sommet, parmi les milliardaires et leur univers parallèle. Pour d’autres, disposer d’une sécurité pour l’avenir, échapper à la fragilité financière, c’est déjà l’aisance. Dominique Méda, sociologue, élargit encore l’horizon : elle inclut dans la richesse l’état d’esprit, la solidité du lien social, le niveau d’éducation ou la capacité à traverser les aléas.

Ce regard évolue avec le temps. À l’époque des mercantilistes, la richesse reposait sur la réserve d’or, tandis que les physiocrates misaient sur l’épanouissement collectif. Aujourd’hui, il est aussi question de capitaux, de réussite individuelle, de place sur le marché. Mais dans la pratique, tout dépend : un même montant ne signifie pas la même chose selon l’âge, la composition du foyer, le contexte familial, l’environnement immédiat.

Le sentiment d’être à l’aise n’a jamais été qu’une histoire de compte en banque. L’accès aux ressources utiles, la force du réseau autour de soi, l’éducation, ou la tranquillité face aux imprévus pèsent autant. Plus qu’une question d’euros, la richesse façonne les perspectives, bouscule les repères, dessine la position de chacun.

Quels critères permettent réellement de définir la richesse ?

Difficile d’enfermer la richesse dans une seule définition. Plusieurs axes permettent de l’approcher. Le premier réflexe consiste à observer les revenus, soit l’ensemble de l’argent entrant, qu’il s’agisse de salaires, de rendements du patrimoine (loyers, dividendes), de pensions ou d’aides, nets des impôts directs. Mais la photo resterait tronquée si l’on s’arrêtait là.

Le patrimoine entre aussitôt en ligne de compte. On trouve ici globalement l’immobilier, l’épargne et les placements, les parts ou actions, les biens de valeur, ainsi que les véhicules ou objets précieux. On distingue le patrimoine brut, la totalité de ce qui est possédé, du patrimoine net, estimé une fois les dettes soustraites. Ce patrimoine varie bien sûr selon l’histoire personnelle, les héritages, la capacité d’épargne, et l’étape de la vie.

Pour affiner, il faut tenir compte du niveau de vie. Celui-ci correspond au revenu disponible du foyer, divisé par un certain nombre d’unités de consommation. C’est la façon la plus concrète d’ajuster la notion à la taille et la composition du ménage. Pour offrir des repères, l’Observatoire des inégalités fixe les seuils suivants :

  • Pour une personne seule : 3 673 € nets par mois
  • Pour un couple sans enfants : 5 500 € nets mensuels
  • Pour un couple avec deux enfants : 7 700 € nets par mois

Ces barèmes, posés à partir du double du niveau de vie médian, illustrent bien le caractère relatif de ce concept, lié au contexte social ambiant.

Certains chercheurs, tels que Dominique Méda, veulent déplacer le curseur. Pour eux, la domination du PIB pose question. L’idée d’un indice de richesse inclusif, défendue par les Nations unies, vise à intégrer la richesse physique, l’accumulation de savoirs et la valeur du patrimoine naturel. Autrement dit, saisir la richesse par sa diversité, et pas uniquement par la capacité de production ou de consommation.

Grand-père et petite fille riant dans un parc verdoyant

Seuils, indicateurs et réalités : comment la richesse est mesurée en France aujourd’hui

Le paysage français s’appuie sur des seuils établis à partir d’analyses statistiques nationales. En 2022, le niveau de vie médian atteint 24 336 euros par an, soit 2 091 euros nets chaque mois pour une personne vivant seule. Partant de là, le fameux seuil de richesse se situe à 3 673 euros nets pour une personne seule, 5 500 euros pour un couple sans enfant, et 7 700 euros pour un couple avec deux enfants. Environ 7,1 % de la population entre alors dans cette catégorie, ce qui représente près de 4,5 millions de Français.

Pour raffiner la photographie, on s’appuie sur les déciles, voire les centiles. Voici quelques données pour éclairer ces différences : les 10 % les plus aisés affichent un revenu disponible annuel supérieur à 65 520 euros, tandis que les 10 % les moins bien lotis se contentent de moins de 13 820 euros. Concernant le patrimoine, l’écart se creuse encore : la médiane se situe à 124 800 euros, mais le 1 % le plus nanti franchit la barre des 2,2 millions d’euros. Chez ces derniers, la répartition du patrimoine se partage entre l’immobilier (36 %), les placements financiers (27 %) et les actifs professionnels (34 %).

L’institut national de la statistique affine aussi l’étude via une lecture axée sur les très hauts revenus. Seuls 5 % des Français perçoivent plus de 4 417 euros nets mensuels ; 1 % dépassent les 7 180 euros. Derrière ces chiffres, c’est une concentration marquée de la richesse qui se dessine. Ce déséquilibre met en lumière les écarts de redistribution, les formes de transmission, mais interroge aussi sur la capacité de la société à permettre à chacun de se projeter vers le haut du tableau. Reste à savoir jusqu’où une nation veut pousser cette ligne de partage et si la richesse, pour la majorité, doit rester une idée lointaine ou devenir une perspective à atteindre.

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