Le titre « Maître » utilisé pour s’adresser à un huissier de justice pose régulièrement des questions de forme. Faut-il écrire « Maître » ou « M. » ? Le titre s’applique-t-il encore depuis que la profession s’appelle « commissaire de justice » ? Ces interrogations portent sur des règles précises de civilité professionnelle. Voici ce que les textes et usages en vigueur permettent de clarifier sur le titre Maître pour un huissier et les autres professionnels du droit.
Commissaire de justice et titre Maître : ce que la fusion de 2022 a changé (ou pas)
Depuis le 1er juillet 2022, les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires exercent sous un intitulé unique : commissaire de justice. Ce changement de dénomination professionnelle n’a pas modifié le titre de civilité.
Le titre Maître est attaché au statut d’officier ministériel, pas au nom de la profession. Les commissaires de justice continuent donc à être appelés « Maître » dans les échanges formels, exactement comme avant la fusion.
La confusion vient souvent de là : beaucoup pensent que le titre « Maître » était lié au mot « huissier ». Il est en réalité lié à la fonction d’auxiliaire de justice assermenté. Tant que cette fonction existe, le titre reste.

Maître, Me, M. : les règles d’écriture à appliquer dans un courrier
Les guides de rédaction professionnelle distinguent plusieurs cas selon le contexte d’utilisation. Voici un récapitulatif des formes correctes.
| Situation | Forme correcte | Forme incorrecte |
|---|---|---|
| En-tête d’un courrier formel | Maître Dupont | M. Dupont |
| Formule d’appel (début de lettre) | Maître, / Cher Maître, | Monsieur l’huissier, |
| Abréviation dans le corps du texte | Me Dupont | Mr Dupont |
| Pluriel (plusieurs professionnels) | Mes Dupont et Martin | M. Dupont et M. Martin |
| Oral (prise de parole directe) | Maître | Monsieur / Madame |
Trois points de forme méritent une attention particulière :
- Le mot s’écrit Maître avec un accent circonflexe sur le « i » et une majuscule quand on s’adresse directement à la personne.
- L’abréviation reconnue est « Me » (et « Mes » au pluriel), jamais « M. » qui désigne « Monsieur ».
- Employer « M. » pour un commissaire de justice revient à ignorer son titre de civilité professionnelle, ce qui peut être perçu comme un manque de considération dans un contexte juridique.
Maître pour un huissier, un avocat ou un notaire : différences d’usage
Le titre Maître s’applique à plusieurs professions juridiques. La source du titre n’est pas la même pour toutes.
Les avocats portent le titre Maître parce qu’ils sont auxiliaires de justice. Les notaires et les commissaires de justice le portent parce qu’ils sont officiers ministériels. La distinction peut sembler théorique, mais elle a une conséquence pratique : le titre ne se cumule jamais avec « Monsieur » ou « Madame ».
On ne dit pas « Monsieur le Maître » ni « Madame Maître ». Le titre Maître est considéré comme épicène, c’est-à-dire valable pour les femmes comme pour les hommes. Écrire « Maître Martin » suffit, quel que soit le genre de la personne.
Les magistrats (juges, procureurs) ne sont pas appelés « Maître ». Le titre correct pour un juge est « Monsieur le Juge » ou « Madame la Juge ». Confondre les deux catégories est une erreur fréquente dans les courriers adressés aux tribunaux.
Cas particulier des greffiers et médiateurs
Les greffiers, bien qu’ils travaillent au sein des juridictions, ne portent pas le titre Maître. Ils sont fonctionnaires, pas officiers ministériels. Les médiateurs de justice ne le portent pas non plus. Le titre Maître est réservé aux professions réglementées qui bénéficient d’une délégation de puissance publique.
Erreurs fréquentes dans les courriers adressés à un commissaire de justice
Au-delà du titre lui-même, plusieurs erreurs reviennent dans les correspondances avec un commissaire de justice (ex-huissier).
- Utiliser « huissier de justice » dans un courrier récent : la dénomination officielle est désormais « commissaire de justice », même si le terme « huissier » reste compris.
- Omettre le titre dans une mise en demeure ou une réponse à un acte : dans un contexte de procédure, l’absence du titre Maître peut donner une impression de négligence formelle.
- Confondre l’abréviation « Me » avec « Mᵉ » (avec « e » en exposant) : les deux formes existent, mais « Me » sans exposant reste la plus courante dans la correspondance professionnelle courante.
Un courrier bien adressé ne change pas le fond juridique d’un dossier, mais il établit un ton respectueux qui facilite les échanges. Dans les procédures de recouvrement ou d’exécution de jugement, la qualité formelle du courrier n’est pas anecdotique.

Formules de politesse adaptées à un commissaire de justice
Pour clore un courrier adressé à un commissaire de justice, la formule de politesse doit reprendre le titre utilisé en ouverture. Si vous avez commencé par « Maître, », la formule de clôture sera : « Je vous prie d’agréer, Maître, l’expression de mes salutations distinguées. »
Remplacer « Maître » par « Monsieur » ou « Madame » dans la formule finale alors qu’on a utilisé « Maître » en ouverture crée une incohérence. La règle est simple : le titre d’appel et le titre de clôture doivent être identiques.
Pour un échange par courriel, moins formel qu’un courrier postal, « Maître, » en ouverture et « Bien cordialement, » en clôture constituent un niveau de formalité adapté à la plupart des situations courantes (demande de renseignement, prise de rendez-vous, échange sur un dossier en cours).
Le passage de la dénomination « huissier de justice » à « commissaire de justice » n’a donc modifié ni le titre de civilité ni les règles d’adresse. Maître reste le titre correct, avec accent circonflexe, majuscule en apostrophe directe, et abréviation « Me » dans le corps d’un texte. La seule adaptation réelle concerne le nom de la profession lui-même, à actualiser dans vos courriers depuis juillet 2022.

